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Ô DOUCE OPHÉLIE ! DISCRÈTE TRAGÉDIE D’UN PERSONNAGE SECONDAIRE

Ophélie est amoureuse. Elle est amoureuse d’Hamlet, Prince de Danemark. Elle le connaît depuis toujours, son père est Lord Chambellan, conseiller du roi, alors elle vit au château dans des appartements mis à disposition par le roi. Enfants, ils se croisaient bien sûr, mais sans jamais se parler. Ce n’est que plus tard, à l’occasion du mariage de la mère d’Hamlet avec le frère de son mari, mort soudainement un mois plus tôt, qu’ils se sont parlés pour la première fois. Ce jour-là débute leur histoire, une histoire d’amour. Enfin, c’est ce que croit Ophélie.
Mais peu à peu, Hamlet s’éloigne. Ils se voient de moins en moins, sans qu’elle comprenne pourquoi. Ophélie ne sait rien de la tragédie dans laquelle Shakespeare précipite Hamlet. Elle, elle n’apparaît que dans peu de scènes et ignore ce qui se déroule en son absence. Elle voudrait questionner, intervenir, mais ses répliques sont trop courtes, trop sages. Ses paroles doivent être mesurées, adaptées à l’interlocuteur, convenues. Elle a surtout appris à se taire, à ne pas s’imposer. Elle n’est pas là pour ça, elle n’est qu’un personnage secondaire dans une histoire qui n’est pas la sienne.
Ce soir, Ophélie nous parle. Elle se raconte. Elle dispose de nouveaux mots, alors elle peut enfin nous raconter son histoire, sa rencontre avec Hamlet, son père qui lui ordonne de ne plus le fréquenter, ses rêves… Elle n’est qu’un personnage de théâtre, elle le sait. Ce soir, elle nous voit et elle nous regarde. Elle peut nous voir parce que c’est écrit, elle a de nouveaux mots. Alors elle nous parle et elle a le sentiment d’être écoutée, pour la première fois.